Le train des songes
13 oct. 2026Ce conte est inspiré des échanges que nous avons eu avec Lalianna, une amie rencontrée sur les réseaux sociaux habitant dans le sud de la France et moi lors de nos échanges pendant nos insomnies.
Minuit trente, je me réveille. Je me suis endormi à 21h30. J’étais en vrac.
Je me réveille dans un train. Rêve ou cauchemar
Cela fait déjà 3h que j’ai pris le train des songes. Il vient de faire une halte pour se recharger en sable. Le marchand de sable est là parlant avec les voyageurs inquiets sur la suite de leur voyage. Je regarde une nouvelle fois autour de moi Il est vrai que dormir 3h pour se réveiller m’inquiète toujours sur la suite de ma pérégrination au pays de Morphée. Mais se retrouver dans un train qui me fait penser à celui du film Pôle Express, là je me dis que ce n’est pas possible. Pourtant tout semble réel. Pourvu que la pause ne soit pas trop longue. J’hallucine.
Un coup de sifflet du chef de gare. Je suis sûr de me réveiller. Le décors viens de changer. Je me retrouve dans l’univers de Hayao Miyazaki, assurément. Nous recréons le voyage de Chihiro ou nous sommes peut-être dans le monde de Porco Rosso. Je me pince l’avant-bras. Rien y fait je dois être le seul humanoïde, tous les autres personnages ne sont que des dessins.
Ouf. J’ai encore mon smartphone. J’envoie un message à ma copine Lalianna pour lui faire part de mon aventure. Mais en même temps je dois avouer qu’en écrivant les premières lignes de notre conversation je me disais que j’allais me réveiller. Lalianna c’est la confidente de mes nuits blanches. Il n’y a qu’elle qui va me comprendre et me croire. Nous écrivons souvent des partitions de mots que seul les esprits libres s’amusent à jouer. Disons que c'est facile de nous laisser embarquer dans l’imaginaire de l’autre vu que nous sommes sur la même longueur d’onde.
Un énorme chat s’assoit à côté de moi, me souris et sort son journal. Je me mets à rire intérieurement. Sur mon smartphone je reçois en retour un sms de Lalianna. A priori tout semble normal pour elle
Lalianna :
Je viens de dormir trois heures, comme toi j’attends le coup de sifflet du chef de gare. Tu te souviens, comme avant, dans ces gares moins encombrées où nous avions le temps, avant le prochain départ, d'observer les gens qui montaient et descendaient. Il n'était pas rare d'imaginer les mouvements des vies qui nous croisaient. Ce couple amoureux qui ne faisait qu'un lorsque l'un attendait l'autre, avec impatience, vibrait de toutes ses forces dans l'ultime rencontre. Cet enfant courant derrière sa mère pour aligner ses pas et rattraper le rythme. Tu vois, tu écris trois lignes et tu m'embarques dans un film.
Moi :
Oui nous avons eu la chance de connaître le coup de sifflet du chef de gare. La poésie des échanges humains. L’effervescence des gares, les pleurs où la joie des retrouvailles exultes, les larmes de douleur d’une mère qui voit partir son enfant vivre sa vie sans elle. Il est où le bonheur chanterais Christophe Maé ? Nous sommes dans un film de Hayao Miyazaki, assurément. Mais en même temps je dois avouer qu’en écrivant les premières lignes de notre conversation je me disais que j’allais me réveiller. Je ne pensais pas te retrouver dans ce rêve. 677km nous séparent habituellement, nous ne nous sommes jamais rencontré, mais au fils de nos rendez-vous nocturne nous nous sommes liés d’amitié. C’est chouette non.
Lalianna
Il n'est pas habituel, après si peu de temps partagé, de reconnaître chez l'autre, ses propres vibrations. Cette osmose est parfois troublante au point d'imaginer que nous nous sommes connus dans une autre vie.
Moi
Peut-être je ne sais pas s'il y a d’autres vies. Le fait d’accepter l'imaginaire de l’autre est de toute façon rare. C’est tout simplement chouette. Il faut en profiter. Il faut se laisser porter sur cette mer du bonheur. S'octroyer le droit de mélanger les mots à notre guise comme on le fait avec de la peinture nous permettant de créer des tableaux que nous seul, apprécions et en mesurons la beauté.
Le train m’emporte vers une grande étendue d’eau. Au milieu de nulle part le train s’arrête dans une gare entouré d’eau. Le contrôleur à tête de phoque m’invite à descendre. Sur le quai je vois arriver un bateau tiré par de grosses carpes.
Une lettre est accroché au mat. Elle m’est adressé :
Toi qui cherches à vivre libre prend ce bateau et part au-delà de l’horizon. Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée, tu y trouveras ce que tu cherches.
J’embarque sans trop me poser de question. J’envoie à Lalianna un dernier message.
Le jour se lève, le ciel est gris mais dans mon cœur il fait beau. Le vent va se lever, je vais hisser mes voiles pour partir vers des cieux bien plus bleus. Bien sûr qu’il faudra affronter des tempêtes, affaler les voiles pour ne pas briser le navire. Et repartir de plus belle toutes voiles dehors. Les alizés me porteront. Je sais que le pot au noir me guettera, espérant me chahuter, me faisant regretter mon envie d’amour et de liberté. Mais je tiendrais bon. Je l’attends ce ciel bleu. C’est le désir de tout à chacun.
Demain est un autre jour profitons du présent. Que le ciel soit gris n’est pas un soucis. Il offre une autre palette de peinture où la couleur tel que tu l’entends est absente. Ma peinture sera le combat entre le noir et le blanc, la lumière et les ténèbres. Mais si tu regardes bien, la lumière gagne toujours.
Le corps peut être anéanti mais l’âme est immortelle. Partir sans bouger est un délice qu’il faut savoir apprécier. Vivre c’est voguer sur une mer pleine de danger mais ta joie de vivre est un merveilleux copilote.
Je regarde la mer. Je ne sais si ton train t’emporte vers une plage éclairé par un coucher de soleil doré et luxuriant.
Ecoute le bruit du ressac, ce mouvement inverse du flux ou du sac c’est un des bruits de la vie
Mon navire m’emporte vers l’horizon.
C’est la dernière image que je vois. Le soleil me réveille au travers de ma fenêtre à petit carreau. Quel voyage étrange et incroyable.
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